LES PRINCIPAUX INTERVENANTS

 

Le chapitre précédent traite l’industrie d’armement au niveau mondial et des grandes zones géographiques.  Ces zones géographiques sont hétérogènes sur le plan géopolitique :    

  • la zone Europe présente une relative unité du fait des institutions et organisations : l’Union européenne (27 membres et le Royaume Uni) dont la plupart sont membres de l’OTAN,  le Conseil de l’Europe (47 membres dont la Russie et la Suisse). Sur le plan militaire et géopolitique, en l’absence de défense européenne, l’OTAN assure, avec la participation des USA, une harmonisation des armements et dans une certaine mesure, des politiques militaires
  • La zone Asie Océanie ne présente aucune unité : elle comprend notamment la Chine, le Japon, les deux Corée, l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam, l’Australie…Les Etats Unis sont présents dans cette zone par le maintien de bases militaires (Japon, Corée..), la septième flotte de l’US Navy. La Russie est également présente dans le nord de la zone
  • Le présent chapitre est centré sur les « grands intervenants », à savoir les États et les entreprises et groupes industriels, principaux acteurs d’une activité à nouveau en croissance en 2016, après des années orientées globalement vers la réduction des dépenses.

1. Les principales évolutions des "transferts" mondiaux

Extrait du Rapport 2016 sur les exportations d'armement : De nouveaux intervenants.

Une concurrence exacerbée par l’apparition de nouveaux acteurs.

"Confrontés à la contraction de leur gigantesque marché domestique, les États-Unis cherchent à renforcer leur leadership sur le marché export. De fait, leurs exportations d’armements majeurs ont augmenté de 27 % entre 20062010 et 2011-2015. Cette politique volontariste se traduit notamment par une volonté d’accroître leurs parts de marché, déjà substantielles, dans les pays du Moyen Orient et par une orientation croissante vers les pays asiatiques. Cette stratégie s’appuie en particulier sur des partenariats commerciaux et politiques scellés au moyen de contrats intergouvernementaux (Foreign Military Sales ou contrats FMS). Il s’agit de procéder à la vente à des États acheteurs de matériels militaires acquis par le gouvernement américain. Le recours à ces contrats est en constante augmentation dans un contexte de forte poussée américaine sur les marchés export.

La coopération de défense et de sécurité est aussi le principal vecteur de promotion des matériels russes. Elle s’accompagne d’une offre de financement dédiée qui permet à la Russie de remporter de nombreux contrats, en particulier dans les pays disposant de ressources budgétaires limitées. Cette stratégie est notamment mise en œuvre dans l’optique de conquérir des clients hors de sa sphère d’influence traditionnelle. Au cours des dernières années, la Russie a renforcé sa position sur les marchés asiatiques – l’Asie et l’Océanie ont représenté, au cours des cinq dernières années, 68 % des exportations russes d’armement –, du Moyen Orient – qui représente près de 10 % des exportations – et de l’Afrique du Nord.

Ces nouveaux concurrents, à l’instar de la Corée du Sud, la Chine ou la Turquie, sont déjà en mesure de concurrencer les grands pays exportateurs dans plusieurs secteurs et sont à même de remporter des appels d’offre internationaux. En dépit d’une maitrise technologique encore parcellaire, qui les exclut de fait des secteurs les plus en pointe de l’industrie d’armement, ces nouveaux acteurs enregistrent des exportations de défense en constante augmentation. Nombre d’entre eux ambitionnent de se positionner durablement sur le marché mondial de l’armement. Il est déjà à noter la part grandissante occupée par les pays asiatiques sur le marché de l’armement. La Chine a ainsi vu ses exportations de défense croitre de 88 % entre 2006-2010 et 2011-2015, passant de 3,6 à 5,9 % du volume mondial global d’exportations, tandis que ses importations connaissaient une baisse de 25 %. Le Japon, qui a clairement l’ambition de se positionner sur le marché des transferts d’armement et de technologies militaires (libéralisation des règles d’exportation) constitue le dernier exemple en date de cette tendance de fond.

Enfin, Israël, qui demeure dans le peloton de tête des États exportateurs, représente un concurrent redoutable sur certains segments de haute technologie, notamment  dans le domaine des drones, des missiles ou des systèmes spatiaux."

D’après le SIPRI, les transferts des principaux armements pour la période 2012–16 ont atteint le volume le plus important au cours  d’un quinquennat depuis la fin de la guerre froide. Le volume des transferts pour les armements majeurs a augmenté de  8.4% par rapport à la période 2007–11.

2.  Les principaux pays exportateurs

Les principales évolutions du commerce mondial des armements (d’après le SIPRI  Trends in international arms transfers, 2015 SIPRI Fact Sheet) (traduction libre) se résument de la manière suivante :

  • le volume des transferts au niveau mondial était de 8.4%% supérieur pour la période 2012- 2016 à celui de la période 2007- 2011 ; 14% pour la période 2011-2015 par rapport à la période 2006-2010;
  • les cinq principaux exportateurs pour la période 2012- 2016 (USA, Russie, Chine, France et Allemagne) représentent 74% du total des exportations mondiales ; les USA et la Russie fournissent 56% du total des exportations ;
  • les exportations des USA, de la Russie et de la Chine ont augmenté respectivement de 21%, 4.7% et 74% pour la période 2012-2016 par rapport à celle de 2007- 2011 ;
  • les exportations françaises ont décru de 5% et celles de l’Allemagne de 36%.

Les autres principaux éléments d’évolution dans les années récentes sont :

  • la disparition des Pays-Bas du groupe du groupe des dix premiers ;
  • l’absence du Royaume Uni  du groupe des cinq premiers pour la dernière période ;
  • l’apparition de l’Ukraine ;
  • la progression de fournisseurs émergents : la Corée du Sud (25%), potentiellement  le Japon et Singapour.

The 10 largest exporters of major weapons and their main clients, 2012–16 

Extrait du tableau SIPRI Table 1. The 25 largest exporters of major weapons and their main clients, 2012–16   

Note: Percentage of total is rounded to 1 decimal (except for percentages over 10 which are rounded to whole numbers

 (A) Per cent change from 2007–11 to 2012–16

Les statistiques récentes du SIPRI  confirment l’importance des USA et de la Russie mais mettent en évidence la progression de nouveaux intervenants.

Parmi les contrats récents et les perspectives à l’exportation, on peut mentionner :

  • Les commandes de modernisation des forces armées australiennes: sous-marins, véhicules blindés passées à la France.
  • Les commandes de l’avion de combat RAFALE prises en 2015 et en 2016 par DASSAULT AVIATION (Egypte 24 appareils, Qatar 24 appareils, Inde 36 appareils), la commande de 12 sous-marins passée par l’Australie à DCNS devraient permettre à la France de rester dans le peloton de tête des exportateurs en marquant une progression des exportations lors de la livraison des matériels commandés
  •  En ce qui concerne plus particulièrement l’aéronautique, la concurrence devrait se développer avec la mise en service du F-35 A dans l’US AIR FORCE. Ce contrat d’armement, « dont la signature a impliqué une dizaine d’États étrangers », a accumulé les retards et est considéré comme le «  programme militaire le plus cher de l’histoire. » « Véritable bijou technologique, le F-35 est censé être six fois plus efficace que les appareils actuels en combat aérien et huit fois meilleur en attaque au sol. Capable de décoller et d’atterrir verticalement et de déjouer les radars les plus sensibles, l’avion n’a pourtant cessé d’accumuler les retards et les difficultés techniques ».  Les Échos août 2016

Le F-35 illustre une des problématiques des grands programmes : une antinomie entre le développement des performances technologiques et militaires toujours plus élaborées générant des coûts de plus en plus élevés et une  maitrise des coûts et des délais requis par les clients, entrainant des quantités commandées en diminution Ce programme apparait contesté par le nouveau président des États Unis.

  • Soutien des armées aux exportations de défense SOUTEX

    Le soutien apporté par les armées constitue un facteur de réussite des exportations

    • les exportations sont nécessaires à la préservation et à la consolidation de l’outil de défense…

    • le combat proven est un sésame…

    • les exportations permettent de concrétiser des partenariats stratégiques…

      mais le très fort accroissement des  "marches de Soutex a des conséquences capacitaires"

      Revue de Défense Nationale décembre 2016

3.  Les principaux pays importateurs

Les principales évolutions du commerce mondial des armements (d’après le SIPRI  Trends in international arms transfers, 2015 SIPRI Fact Sheet) (traduction libre) se résument de la manière suivante :

  • les cinq plus importants importateurs pour la période 2012-2016 qui représentent 34% du total des importations mondiales, sont l’Inde, l’Arabie Saoudite, la Chine, les Emirats Arabes Unis et l’Algérie;
  • par région, l’Asie et Océanie représentent 43% du total, le Moyen Orient 29%, l’Europe 11%, l’Amérique 8.6%, l’Afrique 8,1%;
  • les évolutions entre 2006-2010 et 2011-2015 sont une croissance de 7.7% pour l’Asie et l’Océanie ,86% pour le Moyen-Orient;
  • pour les mêmes périodes, les Amérique ont connu une décroissance  de 18%,l’Afrique 6.6% et l’Europe de 36%.

Le nombre des grands pays importateurs d’armement demeure également limité. Les dix premiers pays importateurs représentent environ 50% des acquisitions. 
L’Inde, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, avec la Chine, restent en tête des importateurs mondiaux et assurent à eux seuls près de 30% des importations mondiales.

The 10 largest importers of major weapons and their main suppliers, 2012–16      

Extrait de Table 2. The 40 largest importers of major weapons and their main suppliers, 2012–16

Note : Percentage of total is rounded to 1 decimal (except for percentages over 10 which are rounded to whole numbers). 

(A) Per cent change from 2007–11 to 2012–16

 Deux exemples de développement des importations, lié en particulier à des conditions de géopolitique (relations difficiles de l’Inde avec le Pakistan, tensions permanentes en mer de Chine du fait de la politique chinoise).

L’Inde reste le premier importateur de matériel militaire, du fait de la situation géopolitique de cette région du monde (risques de conflit avec le Pakistan qui est une nation « nucléaire »). Au cours des dernières décennies, le premier fournisseur de matériel a été l’Union Soviétique puis la Russie : l’Indian Air Force est équipée d’avions russes, depuis des MIG 21 jusqu’aux SUKHOI 30.Le porte-avions INS Vikramadity est l’ancien porte-avions soviétique Admiral Gorshkov. Toutefois, l’Inde achète des avions Dassault depuis 60 ans depuis l’Ouragan, des Mitage IV, et des Mirage 2000.

L’Australie, en particulier pour des raisons de géopolitique liées à la politique d’expansion de la Chine en Mer de Chine a engagé la rénovation de ses forces armées. Dans ce cadre, l’Australie a conclu un contrat d’acquisition de 12 sous-marins avec DCNS, un contrat d’équipement par BAE Systems Australie de deux LHD de 27 500 T construits par NAVANTIA (Ferrol), un contrat d’acquisition de 1 100 véhicules blindés Hawkei et de 1 000 remorques auprès de Thales Australie.

4. Les principaux industriels de l’armement

4.1. Le classement mondial

Le SIPRI publie chaque année le TOP 100 des grands groupes d’armement http://books.sipri.org/files/FS/SIPRIFS1505.pdf).
Le site Defense News  publie  également le même type de documents : Defense News Top 100 List (
http://special.defensenews.com/top-100/#top100s).

Les dernières publications concernent 2015 pour le SIPRI et pour Defense News.
Le tableau ci-dessous présente les 10 premières sociétés/groupes en 2015 au niveau mondial.
Les montants de CA = chiffre d’affaires sont  exprimés en millions USD.


Table1. The SIPRI Top 100 arms-producing and military services companies in the world excluding
China, 2015 Figures for arms sales, in millions of US$. and arms sales as a % of total sales

Plusieurs TOP 100 sont publiées annuellement. Les entités mentionnées ci-dessous sont retenues dans le classement 2015 du SIPRI et de DEFENSE NEWS. Lorsqu’une entité n’est mentionnée que dans un seul classement, celui-ci est indiqué entre parenthèses (Sipri ou DN).
C
ertaines entités peuvent ne pas figurer tous les ans dans les classements du SIPRI et de DEFENSE NEWS, en fonction de leur niveau d’activité  militaire ou faire l’objet de regroupements.

Le tableau ci-dessus et le TOP 100 conduisent à formuler les observations  suivantes :

  • Une prédominance des groupes américains : parmi les dix premiers groupes mondiaux  d’armement, on compte sept américains, un européen (EADS devenu Airbus Group), un anglais et un italien ;  le TOP 100 comporte 39 entités américaines (USA).
  • Au total, la France est représentée par six industriels : Thales, Safran, DCNS, Dassault, Nexter, CEA ; le premier groupe français est onzième (Thales), le second (Safran) quatorzième, tous deux dirigés par des sociétés-mères cotées, de même que Dassault Aviation (quarante  septième). DCNS, détenue par THALES et l’Etat français est vingt quatrième.
  • EADS devenue AIRBUS GROUP, société de droit néerlandais, créée par l’Allemagne, la France et l’Espagne, constitue un exemple de groupe européen et  figure à la septième position du classement mondial.
  • MBDA (27ème) est détenue par AIRBUS GROUP, BAE Systems et Finmeccanica); Renault Trucks Defense, un des principaux fabricants français de matériels terrestres, non répertoriée dans le classement, est filiale de Volvo Group.
  • Les dix premiers restent les mêmes depuis un certain nombre d’années, même si l’ordre de classement peut être un peu modifié d’une année sur l’autre (THALES est proche du groupe de tête).

Les autres pays européens occupent une part significative dans le classement :

le Royaume-Uni : BAE Systems, Rolls Royce PLC, Babcock International Group, SERCO, Cobham (DN), Qinetiq, CHEMRING (DN), MEGGIT, GKN Aerospace, Ultra Electronics, Air Tanker (Sipri) ;

  • l’Italie : Finmeccanica (renommée LEONARDO) [et ses filiales (Sipri) Agusta Westland, Alenia Aermacchi,, SELEX ES Spa], Fincantieri;
  • l’Allemagne : Rheinmetall Defence, Thyssenkrupp (SIPRI), Diehl Stiftung (DN), KMW (Krauss Maffei Wegmann) (SIPRI);
  • l’Espagne : CASA (filiale d’EADS), Navantia (non référencées);
  • la Suède : Saab A;
  • la Norvège : Kongsberg Gruppen, Nammo (DN);
  • la Suisse : Ruag, Pilatus Aircraft (Sipri);
  • la Finlande : Patria Industries (DN);
  • la Pologne : Bumar devenu Polish Armaments Group (Sipri);
  • les Pays-Bas : la société mère du groupe AIRBUS est immatriculée juridiquement aux Pays-Bas, le siège opérationnel est à Toulouse. La société KNDS (DN) est la société qui détient 100% de Nexter et de KMW et est également immatriculée juridiquement aux Pays-Bas.

=> Les USA et l’Europe représentent environ les trois quarts du TOP 100. Celui-ci n’inclut pas d’entités chinoises par manque d’informations suffisamment précises.

Russie : Les entités suivantes  sont répertoriées dans le classement TOP 100 :

  • Almaz-Antey (systèmes de défense anti-aérienne).
  • High Precision Systems.(Sipri)
  • RTI Sistemi.
  • Russian Helicopters.
  • Tactical Missiles Corp.
  • United Aircraft Corp (Entité contrôlé par le gouvernement russe, assurant la conception, la fabrication et la vente d’avions civils, militaires, de transport et sans pilote).
  • United Engine Corp (Entité assurant la production de moteurs pour l’aviation civile et militaire et de systèmes d’énergie électrique et gazière), UMPO.(Sipri)
  • United Shipbuilding Corp (Sipri) (chantiers navals à l’ouest, au nord et en Extrême- orient russe) incluant SEVMASH (constructeur des sous-marins nucléaires), Zvezdochka, Admiralty Shipyards.
  • Uralvagonzavod (fabrication de chars).
  • UIMC United Instrument Manufacturing Corp.(Sipri)
  • KRET/Concern Radioelectronic Technologies JSC.

Ces entités sont principalement les sociétés mères de groupes spécialisés dans des domaines d’activités.

Asie : cette zone géographique connait un grand développement des industries d’armement : MCO maintien en condition opérationnelle, fabrication sous licence, conception et fabrication locale, assurées par de grands groupes internationaux multi-activités (Japon et Corée du Sud) ou des entreprises d’État (Inde).

  • Japon : Mitsubishi heavy Industries, NEC (DN), Kawasaki Heavy Industries, Mitsubishi Electric, DSN, IHI Group (DN).
    Mentionnées également par Defense News les entités : NEC, Komatsu, Fujitsu, Toshiba, Ana Holdings (aéronautique)
  • Corée du Sud :, Hanwha Techwin (Sipri), Korea Aerospace Industries, LIG Nex1, Hanwha Corp, Hyundaï (Sipri), Daewo Shipbuilding and  Marine Engineering (Sipri), Poongsan Corp (Sipri), Hanwha Thales.
  • Inde : Hindustan Aeronautics Limited, Indian Ordnance Factories (Sipri)Bharat Electronics Limited.

Divers :

  • Israël :  ELBIT SYSTEMS, ISRAEL AEROSPACE INDUSTRIES, RAFAEL., Israel Military Industries
  • Turquie : ASELSAN, Turkish Aerospace Industries.
  • Canada : CAE.
  • Singapour : ST ENGINEERING/TOMASEK.
  • Ukraine : UKROBORONPROM (Aéronautique, naval,  armement).
  • Brésil : Embraer.
  • Australie: AUSTRAL. Sont à mentionner les filiales de groupes : BAE SYSTEMS, THALES, RAYTHEON et ASC (Adelaïde Shipbuilding Corp).

Le classement comprend des filiales ou participations de groupes, mentionnés par ailleurs :

 

Note : certaines entités peuvent ne pas figurer tous les ans dans les classements du SIPRI et de DEFENSE NEWS, en fonction de leur niveau d’activité  militaire ou faire l’objet de regroupements.

Cas particulier de DASSAULT AVIATION
Société cotée contrôlée par GIMD, holding de la famille DASSAULT qui possède au 31 décembre 2016 : 62% du capital
Le flottant s’élève à 27,5% du capital
Airbus ne possède plus que 10% du capital après avoir cédé l’essentiel de sa participation minoritaire.

La Chine n’est pas prise en compte dans ces classements du SIPRI, faute d’estimations raisonnables sur l’ensemble de l’industrie. Toutefois, le SIPRI estime que 9 entités sur les 10 connues pourraient figurer dans le TOP 100 et que 4 à 6 pourraient figurer dans le TOP 20 et deux AVIC et NORINCO dans le TOP 10.

L’activité militaire n’est pas dominante dans tous les groupes : on constate au contraire une dualité d’activités pour certains d’entre eux, moyen de compenser des baisses de budgets militaires par des commandes de clients civils.
Les domaines d’activité de ces groupes sont particulièrement orientés sur les équipements électroniques, l’aéronautique, les missiles et, à un moindre degré, l’espace, les services, les munitions, la construction navale.

4.2. Principales caractéristiques des grands groupes d’armement

La présentation de ces principales caractéristiques a pour  objectif d’aider à la compréhension de la stratégie et des politiques menées par ces groupes, dont l’influence est majeure sur le marché mondial des armements.

a. La détention du capital

Le contrôle du capital (détention de 50% des droits de vote au minimum) est essentiel pour la désignation des organes dirigeants et la détermination de la stratégie et des grandes orientations de l’entité. L’appartenance au domaine régalien de la défense conduit nombre d’États à détenir le contrôle des sociétés nationales d’armement. La stratégie de ces sociétés est déterminée directement par les États. L’impératif de rentabilité est second, la continuité de l’activité est assurée par l’État qui couvre, le plus souvent,  les résultats déficitaires.
On constate, dans certains pays (USA, UK), une prédominance de sociétés cotées, l’État reste le premier client de ces sociétés cotées et dispose, de ce fait, de moyens de contrôle ‘économique’. Mais la cotation implique des contraintes particulières.

Le contrôle juridique :

  • des entités étatiques  ou contrôlées par l’Etat :
    • France : DCNS (contrôle à 65%), NEXTER est contrôlée juridiquement  à 50% par l’intermédiaire de la holding KNDS détenue à parité par GIAT INDUSTRIES et WEGMANN GmbH & Co KG.
    • Italie : Fincantieri (via Fintecna, contrôlée par le ministère  italien de l’économie).
    • Espagne : Navantia (détenue par SEPI, dépendant  du ministère espagnol  de l’économie et du trésor).
    • Russie : Sociétés holdings regroupant des entités spécialisées par domaines d’activité.
    • Chine : Structure comparable ; par exemple : CSSC China, State Shipbuilding Corporation: contrôle presque  tous les chantiers navals chinois.
    • Inde : Hindustan Aeronautics LimitedIndian Ordnance Factories 
  • des sociétés cotées en Bourse

Les dix premiers groupes d’armement sont cotés en bourse.

La cotation en Bourse d’une société implique un certain nombre de contraintes, notamment :

  • savoir répondre aux  attentes des investisseurs/ actionnaires ;
  • gérer, de manière précise, les résultats, la politique de distribution des dividendes, le cours de bourse ;
  • maîtriser parfaitement l’information financière, en particulier les prévisions.

Compte-tenu de ces contraintes et face aux incertitudes des budgets militaires occidentaux (États-Unis et Europe Occidentale), les groupes cotés ont l’obligation de trouver des domaines alternatifs de développement :

  • l’exportation : une plus grande agressivité, singulièrement de la part des groupes, dans lesquels les activités militaires sont dominantes ;
  • des activités diversifiées : à titres d’exemples : 
    • Textron : avions CESNA, hélicoptères BELL
    • United Technologies Corporation : moteurs Pratt & Whitney, Hélicoptères Sikorski (cédé à Lockheed Martin en 2015), Ascenseurs Oti ;
    • Mitsubishi Heavy Industries : Energie et environnement : construction de centrales nucléaires et thermiques, énergies renouvelables, traitement de déchets, un des leaders mondiaux de la climatisation ;
  • des sociétés privées.
    De nombreuses PME sont sous-traitantes de grands groupes et ne figurent pas dans les classements ; elles sont actives sur des créneaux spécifiques, soit dans de hautes technologies, soit dans la fabrication de  matériels robustes, simples, faciles à utiliser.

 b. La part relative de l’activité militaire dans l’activité totale

Les activités duales

L’acception première du terme « dual » concerne des matériels, biens et technologies à double usage (civil ou militaire).

  • Ces matériels font l’objet d’une réglementation particulière en matière douanière (sur le plan européen et sur le plan national). Le Ministère de la Défense soutient les projets innovants de PME duales, des activités de recherche et de l’industrie duale (dont les applications intéressent à la fois les marchés militaires et civils).
  • Activités de défense et activités civiles : en  période de crise, les entreprises jouent la complémentarité :
    • soit dans des activités duales, au sens premier du terme ;
    • soit par des activités diversifiées.

Fincantieri, contrôlée par l’État italien, exploite des chantiers navals militaires en Italie, aux États-Unis et à Abu Dhabi (EAU), est devenue un des leaders mondiaux de la fabrication de paquebots de croisière. Le groupe coréen STX Offshore & Shipbuilding, un des premiers groupes mondiaux de chantiers navals, contrôlant à 66% STX Europe, est menacé d’une procédure proche de la liquidation judiciaire. Fincantieri  s’est imposé comme le repreneur de STX  France (filiale française de STX détenue à 66%), la participation définitive reprise faisant l’objet de négociations avec  l’État français, détenteur d’une participation minoritaire de 33%.

DCNS, concepteur et fabricant de navires de guerre, développe des activités dans les énergies marines renouvelables ( hydrolien, éolien flottant, énergie thermique des mers, énergie houlomotrice) et l’énergie nucléaire civile.

Dassault Aviation, concepteur et fabricant des principaux avions militaires équipant l’armée de l’air  française (Mirage, Rafale) réalise près de 70% de son chiffre d’affaires avec la gamme d’avions d’affaires FALCON Toutefois, la répartition entre les deux activités est susceptible d’évoluer, du fait d’une morosité du marché des avions d’affaires et de l’importance des commandes de Rafale.

Selon le communiqué financier de Dassault Aviation du 8 mars 2017.

 

 

La part relative de l’État dans l’activité 

Le paragraphe concernant les sociétés cotées en Bourse présente le pourcentage de l’activité militaire dans l’activité totale des sociétés citées.

Ce pourcentage est extrêmement variable suivant les groupes : toutefois, il est supérieur à 50% pour sept des dix premiers groupes mondiaux et reste significatif pour les autres groupes.
Il en est de même pour la plupart des groupes industriels contrôlés par l’État : ce contrôle est directement lié à la nature de l’activité exercée par ces entités, dans le cadre de la fonction régalienne de l’État.

c. La nature de l’activité

Trois grandes natures d’activité peuvent être distinguées :

  • La conception et la fabrication de matériels localement

C’est le cas des grands États qui disposent de moyens importants pour concevoir, développer et fabriquer des matériels militaires complexes, en particulier des systèmes d’armes. Ces États sont également, le plus souvent, exportateurs.
Toutefois, nombre d’États sont également ou uniquement concepteurs et développeurs de matériels légers, d’armes individuelles et de munitions. Ils peuvent, dans ce cas, être importateurs de systèmes d’armes.

  • La construction sous licence

Celle-ci peut prendre différentes formes : construction d’un ou plusieurs matériels dans le pays vendeur puis des exemplaires suivants dans et par le pays acheteur, construction directe dans le pays acheteur, etc. Elle implique, généralement, un transfert de technologie, de savoir-faire et de formation du personnel du pays utilisateur.

  • L’entretien et le maintien en condition opérationnelle (MCO)

Le MCO peut être effectué par l’acheteur ou avec l’assistance du vendeur, en fonction de la complexité relative du matériel.
L’entretien peut être réalisé par l’industriel, par un chantier civil, dans une base militaire ou, directement, sur le terrain opérationnel.

 d. Le spectre de l’industrie d’armement

L’industrie d’armement peut être présentée selon  les composantes de base suivantes : 

  • Composante terrestre
  • Composante aérienne
  • Composante navale
  • Composante électronique de défense : systèmes d’information, de commandement, de combat…
  • Cyberdéfense
    • Certaines armes et systèmes d’armes sont communs à plusieurs composantes, moyennant certaines adaptations ou font l’objet d’une gestion commune, par exemple en matière d’achats : par exemple aéronefs  de l’Armée de l’Air, de l’Aviation légère de l’Armée de Terre (France), l’Aéronavale (Aviation embarquée sur porte-avions ou porte-aéronefs), l’Aviation de Patrouille maritime, l’Aviation garde-côte. A titre d’exemple, le Rafale équipe l’Armée de l’Air et la Marine Nationale.
    • Spécialisation ou intégration verticale : le maître d’œuvre est responsable de la plateforme au système de combat.
    • Les matériels complexes impliquent, sous la direction du maitre d’œuvre et l’intervention d’équipementiers et de sous-traitants spécialisés.
    • Certains industriels sont spécialisés dans une composante (par exemple, Huntington Ingalls Industries est l’un des deux principaux constructeurs avec General Dynamics, de navires de premier rang de l’US Navy : sous-marins nucléaires, navires de surface).
      L’armement
      des navires implique l’intervention d’autres systémiers/ équipementiers pour la propulsion, les systèmes électroniques, l’armement, voire l’aviation embarquée.
    • D’autres industriels développent des compétences dans plusieurs composantes : par exemple, BAE Systems intervient : dans la composante aéronautique : Eurofighter, Tornado, AV-8B Harrier et est partenaire du projet F-35 Lightening II.
  • Dans la composante aéronautique : Eurofighter, Tornado, AV-8B Harrier et est partenaire du projet F-35 Lightening II ;
  • Dans la composante terrestre : char de combat Challenger II, obusier M777 Howitzer, véhicules de combat Bradley ;
  • Dans la composante navale : sous-marins nucléaires d’attaque de la classe ASTUTE, destroyers anti-aérien type 45, porte-avions de la classe Queen Elisabeth.

Les grands programmes impliquent souvent la mise en œuvre de partenariats :

5. Une industrie de produits de hautes technologies, de recherche et développement et de programmes majeurs couvrant plusieurs décennies

Des produits :

  • spécifiques par un haut niveau de performances : avions de combat, sous-marins nucléaires…,
  • une durée de vie longue : pouvant aller de trente ans pour les VBCI (durée pouvant être prolongée), de quarante à cinquante ans, de la conception au retrait du service actif pour les navires militaires (site defense.gouv.fr),
  • présentant des conditions d’utilisation exigeantes : véhicules de combat (VAB, VBCI) et véhicules logistiques en Afghanistan et au Sahel …,
  • nécessitant une technologie en développement permanent pour adaptation aux conditions opérationnelles,
  • un coût unitaire élevé en raison de séries limitées.

Maintien en condition opérationnelle et entretien présentant des caractéristiques particulières :

  • une utilisation non régulière des matériels : à des périodes de « sur- emploi » en opérations succèdent des périodes de moindre activité,
  • la limitation des crédits conduit souvent à une utilisation maximum des matériels, au-delà de la durée normale de vie, à ne disposer que d’une partie du matériel, faute d’entretien suffisant  ou d’obsolescence (le taux variable et insuffisant  de disponibilité des matériels fait  souvent l’objet de communications),
  • la nécessité de dépannages d’urgence en opération : une distinction entre le dépannage sur le théâtre d’opération au sein des forces  et les conditions d’intervention de l’industriel,
  • un approvisionnement en pièces de rechange pénalisé par la durée de vie opérationnelle longue des matériels, des matériels de générations différentes (parc de matériels non homogène) générant l’obligation de stocks disponibles importants),
  • un problème récurrent : le taux de disponibilité des matériels.

"La Cour des comptes a publié en septembre 2014 un nouveau rapport thématique sur le maintien en condition opérationnelle (MCO) des matériels militaires. Il fait suite à un rapport de 2004 et s’inscrit dans le contexte de la mise en œuvre de la loi de programmation militaire (LPM) pour 2014-2019.

Le maintien en condition opérationnelle des matériels militaires recouvre l’ensemble des actions de maintenance des matériels militaires, réalisées par le ministère de la Défense ou par des industriels. Les dépenses budgétaires de MCO représentent plus de 15% du budget de la défense en 2012. Ces activités mobilisent 45 000 emplois au sein du ministère. Malgré une réorganisation du MCO sur une base interarmées, les coûts ont fortement augmenté (+22% en euros constants depuis 2000) sans que les problèmes d’insuffisance de disponibilité des matériels soient résolus.

Par exemple, la faible disponibilité des aéronefs (avions de combat et avions de transport) reste préoccupante (dans certains cas, les objectifs d’heures de vol des pilotes ne peuvent pas être tenus). L’hétérogénéité du parc de matériels et leur dispersion sur le territoire compliquent le MCO. Selon la Cour, la rationalisation des implantations militaires doit se poursuivre en intégrant les contraintes du MCO dans la mise en œuvre de la réduction du nombre de sites. Par ailleurs, l’État doit améliorer ses capacités de négociation avec les industriels par un renforcement des prérogatives et des moyens du bureau d’enquête de coûts, un recours plus systématique à la mise en concurrence et par une meilleure coordination des contrats conclus pour les besoins des trois armées.

En application de la LPM 2014-2019, le ministre de la Défense a annoncé, le 15 octobre 2014, les restructurations qui vont toucher le ministère en 2015. 7500 suppressions de postes sont notamment programmées ainsi que la dissolutionDissolutionActe par lequel le Chef de l’Etat met fin par anticipation au mandat de l’ensemble des membres d’une assemblée parlementaire d’un régiment de l’armée de terre, le désarmement de cinq bâtiments de la marine nationale, ou la transformation de bases"    VIE PUBLIQUE 16 10 2014

Une industrie de hautes technologies se caractérisant par :

  • l’importance de la R&D, impliquant notamment :
    •  une collaboration avec des universités et des laboratoires de recherche,
    • le développement de programmes complexes,
    • une recherche avec des retombées civiles.
  • l’utilisation de technologies civiles : ( par exemple, la coque des BPC) afin d’assurer une meilleure maîtrise des coûts (coûts de développement amortis sur des séries plus longues),
  • un besoin de matériels robustes dans des conflits asymétriques : les coûts croissants de certains matériels (avions de combat en particulier) conduisent des clients potentiels à se tourner vers des matériels plus robustes et moins coûteux.

Des programmes majeurs couvrant plusieurs décennies :

  • les grands programmes s’étendent sur des dizaines d’années entre les phases de recherche, de définition des besoins et de conception et le retrait du service actif,
  • ce sont des programmes techniquement complexes, qui nécessitent une gestion extrêmement précise tant sur le plan industriel que sur celui du management,
  • les contrats correspondant à ces programmes sont également complexes, générateurs de risques importants (voir chapitre Gestion des risques) et comportent souvent divers aspects complémentaires : pièces de rechange, formation, offset et compensations, voire transferts de technologie (exemple : sous-marins australiens,
  • la gestion des grandes entreprises, maîtres d’œuvre de ce type de contrats, nécessite d’équilibrer l’activité par des contrats plus « classiques » (montants inférieurs à 100M).

6. Des pratiques commerciales parfois très « politiques » dans un cadre règlementé

Une industrie fortement concurrentielle, même si cette concurrence est souvent faussée par le jeu de préférences nationales.

Compte tenu de la nature particulière des "ventes", les États nationaux constituent des acteurs importants, directs ou indirects,  dans le choix des matériels et des fournisseurs. Les États ont une tendance naturelle à favoriser leur industrie nationale (par exemple, les USA). Néanmoins, beaucoup d’États ne disposent pas d’industrie nationale ou celle-ci, lorsqu’elle existe, n’est pas en mesure de couvrir tous les besoins. Dès lors, les industriels de l’armement se livrent une concurrence sévère pour vendre leurs matériels aux pays acheteurs. Ces derniers ne sont pas toujours insensibles à des "pressions politiques". Certains dirigeants de grands États n’hésitent pas à jouer un rôle de "commis voyageur".

Il convient également, de noter le rôle des salons internationaux : Le Salon International de l’Aviation et de l’Espace du Bourget, Eurosatory, Euronaval, IDEX à ABU DHABI, les salons de Farnborough et de Singapour….

La crédibilité d’un matériel repose aussi sur l’utilisation de ce matériel par le pays producteur de ce matériel. A titre d’exemples, on peut citer le patrouilleur l’Adroit, conçu et construit par DCNS et prêté pour trois ans à la Marine Nationale, les missions de représentation à l’étranger confiées aux  bâtiments en escale des marines de guerre. Le " label combat proven" est une qualité appréciée pour le choix des matériels et systèmes d’armes.

7. Les nouveaux enjeux du marché de l’armement

Les nouveaux enjeux du marché de l’armement sont multiples :

  • Les transferts de technologie et de production sont devenus une priorité pour nos partenaires. De nombreux pays émergents souhaitent progresser du statut de simple importateur de systèmes au statut de véritable partenaire de coopération. Ces transferts ont un rôle primordial dans leur processus d’industrialisation, aussi bien civil que militaire, et permettent de renforcer leur potentiel économique et technologique.

La stratégie en matière de transfert de technologie peut se classer en trois grandes catégories :

1er degré : transfert du savoir-faire d’utilisation

2ème degré : transfert de l’assemblage et de l’intégration finale

3ème degré : transfert de la capacité de conception et de sélection/qualification  des matériels spécifiques

Les risques courus par l’industriel dépendent fortement du pays bénéficiaire.

Ainsi, la fabrication locale ou la participation aux développements de programme sont aujourd’hui fréquemment exigées dans les contrats d’achats d’armement. Bien que les transferts de technologie présentent le risque de générer à terme des concurrents, leur impact sur les industries européennes est à ce stade resté relativement faible. Les autorités françaises s’assurent de la maîtrise de ce risque, en lien avec l’industrie qui met en œuvre des plans d’action destinés à protéger son savoir-faire et ses avantages concurrentiels. Enfin, le ministère de la Défense investit, à travers les études amont dans les programmes d’armement, pour le développement technologique des entreprises. En moyenne annuelle, pour la période 2014- 2019, le ministère de la Défense prévoit de consacrer 730 millions d’euros (crédits de paiement) pour les études amont. Ces transferts de technologie permettent aux industriels français de s’implanter dans des pays à forte croissance économique et de développer des coopérations dans de nombreux domaines, civils ou militaires, tels que l’aéronautique, l’espace ou les communications.

  • Une exigence de transparence : le marché de l’armement a progressé vers plus de transparence grâce à la mise en œuvre des conventions de l’OCDE et de l’ONU dont le but est d’encadrer les pratiques commerciales dans un marché très concurrentiel et hautement stratégique.

Le marché des équipements de défense est marqué par la pratique des compensations (offsets). Néanmoins, au sein de l’Union européenne, les compensations devraient devenir un phénomène de plus en plus rare. La directive 2009/81/CE1 relative à la coordination des procédures de passation de certains marchés de travaux, de fournitures et de services par des pouvoirs adjudicateurs ou entités adjudicatrices dans les domaines de la défense et de la sécurité est aujourd’hui transposée en droit interne. Elle a pour but la création d’un marché européen des équipements de défense en conciliant les objectifs du Traité et les impératifs de sécurité des États membres. Il en résulte un encadrement strict du recours à l’article 3462. Sauf dérogation, justifiée au cas par cas par cette disposition, l’extension aux biens de défense des principes et des règles du marché intérieur a donc pour conséquence de proscrire la pratique des compensations. La Commission européenne est déterminée, sous le contrôle de la Cour de justice, à faire preuve de vigilance pour garantir le respect de cette règle.

Voir supra Des tentatives et des dispositifs pour organiser le commerce mondial des armes.

  • Une demande pour des matériels simples, robustes, d’utilisation facile, voire des matériels d’occasion.

A titre d’exemples, des vedettes et patrouilleurs conçus et fabriqués par des PME répondent à une clientèle d’États souhaitant assurer la protection de leurs côtes (Afrique) et la police de leurs voies d’eau intérieures (Amérique Latine).

Par ailleurs, des navires ayant déjà connu un certain nombre d’années de service peuvent être cédés et connaitre une nouvelle vie : l’ancien porte-avions FOCH, acheté par le Brésil, est devenu le SAO PAULO; le porte-aéronefs AMIRAL GORSHKOV, acheté par l’Inde est devenu l’INS VIKRAMADITYA. Le VARYAG, sister-ship du KOUZNETSOV, acheté par la Chine est devenu le premier porte-avions chinois LIAONING.

  • la gestion des coûts et des financements.

La complexité technique et  technologique des matériels, la sophistication croissante des systèmes d’armes conduisent à une hausse « quasi exponentielle » du coût des armements. Dès lors, la maîtrise et la gestion des coûts prennent une importance croissante, voire « vitale » pour assurer la rentabilité des marchés d’armement.

L’un des problèmes est d’optimiser le coût unitaire des matériels, c’est-à-dire d’assurer des séries de fabrication permettant de couvrir les coûts de recherche, de conception et de développement et de dégager une marge.

Dans cette optique, outre le souci de prendre en compte les dernières évolutions technologiques, on peut noter certaines caractéristiques récentes des matériels, visant notamment à rationaliser les productions :

  • le caractère « contraint » des budgets de défense au cours des dernières années conduit à mettre l’accent sur les exportations : à titre d’exemple, cette évolution était observable pour les grands groupes de défense américains à la suite de la réduction des dépenses des années 2010-2011 ;
  • recours aux productions et aux normes civiles, en particulier en ce qui concerne la construction des navires de guerre : plateformes des BPC français construites par STX Saint-Nazaire suivant les normes civiles, flotte de ravitailleurs américains polyvalents à double coque suivant les normes de la marine marchande construits par le chantier NASSCO de General Dynamics ;
  • gestion de programmes en coopération : OCCAR organisation conjointe de coopération en matière d'armement : organisation intergouvernementale européenne visant à faciliter la gestion en collaboration de grands programmes d'armement (A400M, FREMM….), NH90  fabriqué par une coentreprise européenne qui comprend Airbus Helicopters,  Agusta Westland — fusionnée avec Leonardo en 2016 — et Fokker Technologies ;
  • automatisation conduisant à une réduction des personnels tout en conférant des performances techniques et militaires supérieures : frégate multi missions FREMM comportant un équipage de 108 personnels (140 avec le groupe aérien et les fusiliers) à comparer à la frégate ASM  environ 240 personnels et les escorteurs d’escadre, navires de surface des années 60 à 80 de 300 à 350 personnel.

Des grandes natures de coût.

Les contraintes budgétaires conduisent à approfondir les notions de coût :

  • le coût de possession (total cost of ownership)  ou coût du cycle de vie (life cycle cost ) est le coût cumulé d'un produit tout au long de son cycle de vie,
  • coût d’exploitation et de maintenance : les termes "exploitation-maintenance" recouvrent l’ensemble des actions permettant au matériel d’assurer le service pour lequel il a été acquis : ces coûts, supportés sur l’ensemble de la durée d’utilisation du matériel, sont variables suivant les conditions d’utilisation et représentent des montants importants, significatifs par rapport au coût d’acquisition,

  • coût de protection : cette notion est particulièrement importante pour les installations sensibles.

Financement :

Le financement  de l’acquisition de matériels pose généralement un problème important, pouvant conduire à un étalement de la réalisation des fabrications ou à une diminution des séries commandées. Ces solutions entrainent généralement une augmentation des coûts unitaires.

D’où la recherche de divers modes de financement comme le partenariat public-privé.

Le partenariat public-privé (PPP) est un mode de financement par lequel une autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement assurant ou contribuant au service public. Le partenaire privé reçoit en contrepartie un paiement du partenaire public et/ou des usagers du service qu'il gère.

Le site de Balard, siège des états-majors des forces armées, fait l’objet d’un partenariat public-privé.

 

8. Quelques réflexions sur les évolutions récentes

France

L’industrie française est concernée par plusieurs grands programmes :

  • le programme SCORPION  de rénovation de l’armée de terre concerne plus particulièrement NEXTER, THALES et SAFRAN ;
  • poursuite du programme des frégates multi-mission FREMM en collaboration avec l’Italie (DCNS, THALES, MBDA) ;
  • programme de construction du sous-marin d’attaque BARRACUDA (DCNS).

Par ailleurs, DASSAULT AVIATION a engrangé en 2915 des commandes export de 48 RAFALE.  Egypte : 24 dont 3 livrés en 2015, Qatar : 24 qui s’ajoutent aux 38 exemplaires commandés par la France.

Par ailleurs, les négociations  avec l’Inde pour l’achat de 36 RAFALE « prêts à voler » ont conduit à la signature d’un contrat d’acquisition en septembre 2016 avec un  niveau de compensations (« offset » un taux de 50% du montant du contrat a été évoqué).

Le secteur de l’armement a enregistré 16.9 milliards € de commandes à l’exportation en 2015. L’estimation pour 2016 serait de l’ordre de 20 milliards-14 milliards € hors contrat australien en cours de finalisation, la discussion portant sur la date d’entrée en vigueur de ce contrat (LES ECHOS mars 2017).

Des crédits supplémentaires de 3.8 milliards ont été dégagés au profit de la programmation militaire, portant le montant des ressources, hors pensions, à 162,4 milliards d'euros (Md€) pour la période 2015-2019. (Réponse du Ministère de la défense publiée dans le JO Sénat du 08/10/2015 - page 2379).

DCNS a, par ailleurs, conclu un contrat pour la vente de douze sous-marins océaniques  à l’Australie, incluant :

  • la plateforme, le système de combat, l’infrastructure (aménagement du chantier naval d’Adélaïde), la maintenance pendant 20 ans, la formation, pour une enveloppe de 50 milliards ;
  • la construction sera réalisée en Australie, impliquant un certain nombre d’entreprises locales ;
  • le système de combat sera fourni par Raytheon ou Lockheed  Martin et le sonar fourni par Thalès ;
  • le marché détaillé reste à finaliser.

Le rapprochement NEXTER / KRAUSS MAFFEI WEGMANN conduit à une nouvelle structure de détention du capital avec un contrôle conjoint :

  • une holding HONOSTHOR détenue à parité par GIAT INDUSTRIES et WEGMANN GmbH & Co KG ;
  • cette holding détient 100% des deux sociétés opérationnelles NEXTER SYSTEMS et KRAUSS MAFFEI  WEGMNN ;
  • chacun des deux groupes conserve une autonomie de gestion pendant 5 ans tout en engageant certaines actions communes.

Accord signé le 28 mars 2017 par la France et la Grande-Bretagne confiant à MBDA "un travail de conception de trois ans pour proposer les remplaçants des missiles anti-navires Exocet français et Harpoon britannique ainsi que pour la future génération des missiles air-sol  Scalp (version française) et Storm Shadow (version anglaise)."  LES ECHOS 29 MARS 2017

Prise de contrôle de STX France / Saint-Nazaire par FINCANTIERI : ces deux entreprises sont des leaders mondiaux de la construction de paquebots de croisière mais possèdent également des compétences de chantiers navals militaires : construction de plateformes de BPC classe Mistral pour Saint-Nazaire, de navires militaires dont porte-aéronefs pour Fincantieri.

Europe occidentale

  • Augmentation des dépenses militaires de plusieurs pays frontaliers de la Russie , en particulier Pologne (programme de modernisation de l’armée polonaise) ; en réponse à la crise ukrainienne : pays baltes Estonie, Lettonie, Ukraine (SIPRI Yearbook 2015 Résumé en français, Trends in world military expenditure, 2014).
  • En Grande-Bretagne, le budget  de défense reste “contraint”.  Toutefois les groupes britanniques figurant dans le classement réalisant des opérations significatives aux États-Unis pourraient bénéficier de  meilleures conditions (BAE Systems, Cobham, Ultra Electronics, GKN Aerospace).

Par ailleurs, le Brexit peut créer une incertitude, même si les accords de Lancaster House de 2010 résultent d’accords bilatéraux entre la France et le Royaume Uni ; par ailleurs, le Royaume Uni est membre de l’OTAN.

  • Les pays membres de l’OTAN sont invités à porter leurs budgets de défense à 2% du PIB.
  • Le groupe suédois SAAB devrait bénéficier de  la décision suédoise d’augmenter les dépenses de défense pour la période 2016-2020 pour développer et livrer des GRIPEN-E à l’Armée de l’Air suédoise et des sous-marins nouveaux et modernisés SAAB bénéficie également de l’acquisition de TKMS AB, rebaptisée SAAB KOCKUMS, qui dispose de chantiers navals pour la construction de sous-marins et de navires de surface.

Asie

  • HANWHA devient un groupe leader dans le domaine de la défense en Corée avec l’acquisition des branches de défense de Samsung : Samsung Techwin et Samsung Thales.
    Hanwha est actif dans presque tous les domaines de l’industrie de défense et est  particulièrement spécialisée dans l’artillerie avec  Chunmoo multiple launch rocket system et le The K9 self-propelled 155mm howitzer  (Defense News).
  • Japon : Mitubishi Heavy Industries et quatre autres groupes japonais sont classés dans le TOP 100. L’évolution de la politique japonaise de défense est à suivre, tant en ce qui concerne la notion de « force d’autodéfense » que les capacités industrielles à l’exportation.
  • Corée du sud : les six sociétés classées au TOP 100 ont connu une progression de 10% en 2014 par rapport à 2013.
  • Le budget militaire  chinois n’est pas connu avec précision ni les comptes des groupes chinois d’armement : toutefois certains experts estiment  une augmentation du budget militaire chinois de 7% à 8%  pour 2016.

 

 

 Date de mise à jour : juillet 2017